Rapport : La Tunisie risque un défaut assez probable sur la dette externe, sauf miracle !

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Le Département des études économiques du Groupe Crédit Agricole (GCA), vient de publier un rapport d’analyse économique à la fin de la semaine dernière où il est largement revenu sur la question de la soutenabilité de la dette externe tunisienne.

Le GCA a rappelé les dernières notations de Fitch et Moody’s et les appréciations de la qualité du risque souverain de la Tunisie.

Les deux agences ont baissé de sept crans le niveau de notation du souverain depuis 2011, en raison de l’instabilité politique et sociale et des dérives économiques depuis dix ans (endettement, croissance, politique monétaire, secteur bancaire), indique le rapport.

Selon le même rapport, actuellement, le système politique éclaté et antagoniste empêche toute réforme – voire toute prise de décision – et les tensions sociales, notamment avec le syndicat des fonctionnaires l’UGTT, entraînent des dérives macro-économiques de plus en plus préoccupantes et qui effraient les investisseurs étrangers.

Les tensions entre le président de la République Kais Saïed et le Chef du gouvernement Hichem Mechichi sont très fortes : huit postes ministériels sur vingt-sept sont toujours non pourvus depuis de nombreux mois, soit parce que la présidence en a refusé la validation, soit semble-t-il faute de candidats compétents, martèle le GCA.

De plus, le pays a beaucoup souffert de la crise de 2020 : une récession de 8,8%, un déficit budgétaire de 11,4% du PIB et un déficit courant de 6,7% du PIB, faisant progresser le double surendettement public (89% du PIB) et externe (2,7 fois les exportations) à des niveaux très alarmants.

L’effondrement de l’épargne va maintenir le déficit courant au-delà de 6% du PIB cette année, estime le rapport.

En outre, il a été précisé que la perspective d’un défaut sur la dette externe s’est singulièrement accentuée ces dernières semaines, en l’absence d’accord politique sur les réformes urgentes à mettre en œuvre et ouvrant la porte à une nouvelle aide du FMI.

Le GCA considère que pour l’instant le gouvernement se refuse à envisager une restructuration de dette. On précise, à cet effet, que sur les 40 milliards de dollars de dette externe du pays (soit 105% du PIB), seulement 17 milliards sont portés directement par le souverain. Une crise de liquidité pourrait alors prendre une l’intensité très sévère et entraîner une contagion aux acteurs endettés en devises.

Une restructuration affecterait principalement les créanciers des entreprises et des banques. Elle obligerait le pays à entrer dans une douloureuse négociation avec les créanciers du secteur privé et si le pays devait tomber dans les catégories de CCC, un phénomène auto-réalisateur pourrait se matérialiser par fermeture totale des marchés internationaux de refinancement, souligne le rapport du CGA.

On conclut sur une note choquante, puisque le grand groupe bancaire international avance qu’à l’instar du Liban, les créanciers externes habituels (FMI, multilatéraux, pays européens et pays du Golfe) sont de plus en plus réticents à aider les pays émergents où les blocages politiques les entraînent dans une spirale de difficultés. Par ailleurs, et comme dans le cas de Beyrouth, seul un accord préalable avec le FMI pourra débloquer les fonds des pays amis disposés à soutenir financièrement Tunis.




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Source: tunisienumerique